HANNIBAL BARCA DANS LES ALPES

Il est à rappeler que les présentes chroniques [ plus d’une vingtaine] sont la continuation des réflexions et recherches entreprises pour l’élaboration de l’ouvrage paru en 2014 «Hannibal et la traversée des Hautes-Alpes, la fin du dogme». (Éditions Rambelaid 4 lot Pré Vescal 05000 Rambaud, 39 € frais de port compris pour la France métropolitaine)

Précisons également que ces réflexions et recherches nouvelles permettent de conforter on ne peut mieux toutes les avancées et analyses contenues dans ce livre.

Les commentaires sont les bienvenus, si cette indication n’apparaissait pas dans l’article traité, ils peuvent être adressés à rambelaid(arobase)gmail.com.

HANNIBAL BARCA DANS LES ALPES: L’ABSENCE DE TRACES MONÉTAIRES DE PASSAGES

Suite à de nombreux contacts tant avec des numismates que des chercheurs avec détecteur sur le terrain, il se confirme de plus en plus que nulle part en Gaule, n’ont été retrouvées des monnaies carthaginoises spécifiquement liées aux déplacements des deux expéditions carthaginoises de la deuxième guerre punique.

Or de nombreuses monnaies puniques de diverses époques ont été trouvées partout en Europe témoignages des échanges commerciaux qu’entretenaient les Carthaginois.

Et encore faut-il, à ce niveau différencier la localisation de la découverte de son lieu de stockage.

Cependant il n’est pas discutable que Hannibal disposait avec lui d’une trésorerie importante pour la solde des quelques dizaines de milliers de mercenaires qui l’accompagnaient ainsi que pour payer son passage sur les territoires gaulois traversés et acheter nourriture et provisions pour ses troupes et le parc animalier de son train des équipages.

Si l’on estime que le passage de cette imposante unité militaire depuis les Pyrénées jusqu’à la sortie des Alpes a duré quelques semaines, l’absence de toute découverte de monnaies puniques de l’armée d’Hannibal pose problème; mais le mystère tend à s’épaissir ou la solution à se préciser si l’on ajoute que dix ans plus tard, une seconde armée carthaginoise encore plus importante conduite par le frère d’Hannibal, Hasdrubal, a séjourné pratiquement deux saisons en Gaule, pour au printemps traverser à son tour les Alpes en vue de renforcer les effectifs d’Hannibal en Italie.

Là aussi, on ne peut constater que l’absence de monnaies métalliques carthaginoises en Gaule, alors que la durée de ce séjour a été conséquente, avec la solde des mercenaires pendant toute cette époque ainsi que le paiement de la nourriture et du fourrage pour toute cette seconde armée .

Dés lors la seule explication à cet état de fait était que ces deux armées n’emportaient pas avec elles, au titre de ces divers paiements, du numéraire métallique carthaginois mais peut-être de l’argent local, de la monnaie gauloise en l’occurrence.

Cette explication pourrait être recevable avec l’expédition d’Hannibal laquelle avait été préparée de longue date, mais difficilement acceptable avec l’expédition de Hasdrubal, qui d’un coté avait à faire avec les Romains en Espagne et qui d’un autre coté avait du répondre à une demande circonstancielle de son frère aîné en Italie.

Dés lors une solution paraît s’imposer, dans les deux cas pour expliquer cette absence vraiment sidérante de traces de monnaies carthaginoise en Gaule pendant la période considérée, il faut en inférer que les deux Barcides, payaient non pas en monnaie métallique mais directement en argent ou en or tirés de leurs vastes propriétés minières en Espagne, vraisemblablement sous formes de tout petits lingots.

C’est d’ailleurs ce qu’avance expressément Tite-Live pour l’expédition de Hasdrubal «car il [Hasdrubal] apportait une grande quantité d’or pour enrôler des mercenaires»

A proximité des cols certes quelques monnaies carthaginoises (au nombre de cinq) auraient été, soi disant récupérées aux alentours du Grand Saint Bernard, mais leur datation ne correspondraient pas à celle de l’époque de la seconde guerre punique, et surtout auraient fait partie d’un ensemble de monnaies jetées dans des lacs par des voyageurs de diverses époques de l’antiquité à titre d’ex-voto pour les divinités de la région [comme celles trouvées, près du lac de Bracciano à Vicarello].

Mais en aucune façon on ne peut lier l’existence de ces pièces avec le passage d’une armée punique et peu de commentateurs se hasardent à faire ce rapprochement.

Finalement, pour certains, la seule trace monétaire de la visite des armées puniques, encore que certains ne considèrent que le seul passage de celle d’Hannibal, que l’on pourrait relever en Gaule paraîtrait résulter de la similitude de motifs qui existerait entre la monnaie carthaginoise et certaines pièces de monnaie plus tardives des Allobroges.

Mais la circulation de de monnaies carthaginoises avant et après la seconde guerre punique rend inopérante la validité d’une telle liaison et ne permet pas au surplus d’attribuer cette similitude au seul passage de l’armée d’Hannibal .

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L’ITINÉRAIRE ALPIN DE HANNIBAL BARCA : CONSIDÉRATIONS SUR LE RÉCIT DE POLYBE

Selon ses partisans on reconnaîtrait à Polybe les mérites suivants:

  • Polybe a été sur place et a recueilli des témoignages 70 ans après le passage de Hannibal.

Indubitablement Polybe est allé sur place.

Mais à quel endroit en Gaule a-t-il recueilli ces témoignages?

Témoignages dont par ailleurs il s’abstient de mentionner le contenu, témoignages tardifs émanant de personnes qui ne pouvaient être que des témoins auriculaires de l’événement.

Par ailleurs, il y a eu deux passages successifs d’une armée carthaginoise dans les les Alpes à une décennie d’intervalles, celui de Hannibal puis celui de son frère puîné Hasdrubal.

A quel passage spécifique ces témoignages recueillis se réfèrent-ils?

Étant remonté si haut suivant le cours du Rhône, il est inexplicable que ce visiteur, n’ait retrouvé aucune trace du passage postérieur d’une décennie du frère de Hannibal lequel avait résidé deux saisons en Gaule et lequel avait du transiter avec une armée plus conséquente pour traverser à son tour le fleuve.

Toutes ces lacunes ne sont pas de nature à attester de la véracité de ce que l’historien grec avance d’autant qu’il laisse bien entendre qu’il aurait suivi les traces d’Hannibal dans toute sa traversée des Alpes et qu’il n’apporte en fait aucun élément en ce sens.

Ainsi l’absence d’identification du col de sortie alors que Polybe avait recensé tous les passages vers l’Italie en son temps ne confirme pas ses prétentions.

Tout repose donc uniquement sur la parole trop affirmée pour être honnête et sincère, du dit historien.

  • Polybe a eu accès aux archives de Rome

Effectivement Polybe était très bien placé pour consulter les archives de Rome et celles de la famille Scipio, mais concernant la traversée des Alpes par Hannibal, il s’agissait d’une aventure interne de l’armée carthaginoise [relatée par les seuls accompagnateurs de l’armée punique] et les sources officielles romaines ou celles privées des Scipio ne contenaient rien la dessus.

Sans conteste il y avait un trou dans les connaissances des Romains entre la disparition suite au passage du Rhône du chef carthaginois et sa réapparition en Italie avec le siège de Turin.

Le fait que l’auteur grec ait été obligé d’aller sur place en Gaule démontre éloquemment ce manque.

  • Polybe a fait connaître les Allobroges.

La chose est acquise, mais l’historien est totalement muet sur le territoire occupé par cette peuplade.

De par son texte s’y rapportant on peut conclure que cette peuplade s’étendait des deux cotés du Rhône depuis la confluence de ce fleuve avec l’Isère jusqu’à la sortie de ce cours d’eau des Alpes [les dix jours de marche le long du Rhône, le Potamos, et les huit cent stades] .

En ce sens cette localisation correspond bien à une unité de peuplement géographique cohérente mais Polybe étend ce territoire après l’entrée des Alpes, dans une région en altitude comportant un relief très accidenté caractérisé par des défilés et des «pas» [passages] difficiles avec l’existence d’une ville allobroge prise par les Carthaginois.

Dans de telles conditions, la zone montagnarde de peuplement traversée semble plutôt ressortir d’une occupation plus cohérente de ce cadre physique par une peuplade alpine que d’une présence alléguée des Allobroges.

Également c’est après cette unité urbaine, rare de surplus à cette époque dans le contexte alpin, que Polybe se désintéresse des Allobroges.

On oublie surtout que Polybe mentionne dans cet épisode une autre peuplade [qu’il a donc fait également connaître], peuplade alpine celle-là, les Celtes Ardyes, lesquels peuplaient les rives du Rhône dans les Alpes, peuplade pour laquelle, l’historien a pris le soin de préciser leur emplacement en situant leur exposition dans la vallée du fleuve, emplacement que l’on situe dans le Bas-Valais.

Donc Polybe en suivant les traces de ce qu’il dit être celles de Hannibal aurait progressé jusqu’à cet endroit dans les Alpes.

Cette progression dans les Alpes en ces lieux faciles est dans la tonalité de ce qu’indiquait l’historien dans sa digression, à savoir que les Alpes ne sont pas que escarpements et autres, mais contredit fondamentalement la relation, reprise des accompagnateurs de l’armée punique, d’une progression très difficile figurant dans le texte de l’auteur grec, après la pénétration dans le massif alpin jusqu’à la ville prise.

A tous égards la caution Allobroge est de peu de poids dans l’argumentation faisant prévaloir la supériorité de Polybe et de ses écrits dans la recherche de l’itinéraire transalpin du premier fils Barca.

  • Polybe est précis et donne des mesures

Ces distances concernent exclusivement l’entrée des Alpes et concordent pour ce même lieu, 800 stades évaluées à partir de la confluence Rhône-Isère, et à 1400 stades à partir du passage du Rhône.

Les mesures cessent brusquement ainsi que définitivement une fois que l’armée carthaginoise a pénétré dans les Alpes.

En effet la reprise de la relation s’effectue à l’avant veille de la première embuscade sans que soit connue la distance entre le site de la première embuscade et l’entrée dans les Alpes proprement dite.

Certes, vers l’arrivée au col final, Polybe fera état d’une durée de 9 jours pour traverser le massif alpin, mais il n’est pas possible d’attribuer ce délai à l’ensemble de la traversée, car il a du s’écouler du temps entre l’entrée dans les Alpes et la reprise de la narration l’avant veille du premier incident.

Il ressort de tout cela, que les mesures précises des 800 stades et 1400 stades correspondent à l’itinéraire suivi par l’historien pour retrouver l’entrée dans les Alpes d’une armée carthaginoise qu’il attribue, sans se poser de questions d’identification, à celle de Hannibal.

Mais ensuite sur l’itinéraire effectif transalpin du Carthaginois, Polybe perd toute mesure et datation en reprenant son récit avec une progression difficile en montagne de l’armée en cause alors, celle véritablement de Hannibal, et la datation en elle même ne reprendra qu’avec l’avènement du premier incident.

Polybe, également, avait communiqué dans son livre III une autre mesure l’estimation de la longueur totale de la traversée dans les Alpes: «Restent pour les passages des Alpes environ 1200 stades».

On se trouve à ce niveau là dans l’imprécision la plus complète car ne sont pas connues l’entrée ainsi que la sortie des Alpes et rien par recoupement ne permet de vérifier cette affirmation.

Par ailleurs cette annonce est insolite en elle-même, car l’auteur grec est incapable de nous renseigner sur la longueur de la première portion du trajet, à savoir la distance entre l’entrée des Alpes et le site de la première embuscade où il reprend sa narration .

Dans de telles conditions, ne sachant pas par où est passée l’armée carthaginoise pour arriver sur les lieux de cet incident, on ne voit pas comment cet historien peut afficher la distance totale de la traversée.

En clair, l’auteur grec est dans l’incapacité totale de fournir des mesures relatives à la traversée proprement dite des Alpes, sur un parcours qu’il laisse entendre avoir effectué, et la datation de 9 jours qu’il avance plutôt tardivement d’ailleurs s’avère à son tour incomplète ainsi que problématique.

  • Le texte de Polybe est très clair.

C’est ce qui est avancé par les supporteurs de l’ex-hipparque.

Apparemment ce n’est pas ce qui ressort de l’examen des traductions du texte grec où on est obligé de constater des divergences .

En fait le texte grec se caractériserait par l’emploi de termes vagues imprégné de latinisme dans un style reconnu médiocre, banal, lourd et sans art, où chaque traducteur a interprété et exposé en homogénéisant ce qu ‘il a cru comprendre.

La description du cadre de la seconde embuscade ainsi que de la situation de Hannibal en ces circonstances est très révélatrice, suivant les traducteurs, de cet état de chose.

L’argument de clarté du texte est loin de mériter d’être retenue.

A cela, il convient d’ajouter un manque de cohérence prêté au comportement de Hannibal notable à partir de la traversée du Rhône jusqu’à son arrivée en Italie, comportement du Carthaginois qui ne paraît pas compatible avec sa stature reconnue de grand stratège.

On peut reprocher tout autant à cet historien, au niveau de l’Histoire de ne pas citer ses sources, de fustiger ses prédécesseurs et surtout d’ignorer à ce niveau là, une source qu’il reconnaissait par ailleurs sérieuse, le plus grand des premiers annalistes Romain, Lucius Cincius Alimentus, lequel avait laissé des textes, sur l’événement de la traversée des Alpes, et qui prisonnier et traité avec des égards particuliers s’était longuement entretenu pendant sa captivité avec Hannibal,

Une telle occultation ne milite pas en faveur de Polybe.

Tout ceci dénote bien un parti pris dans la narration que l’auteur essaye de dissimuler entre autres par une dramatisation, par la réitération continue de ce qu’il avance et surtout par les deux digressions, avant et après la traversée des Alpes, authentiques tentatives de se justifier, que certains ont dénoncé en tant qu’artifice littéraire pour ne pas parler de falsification.

Informations

Aprés pas mal de déboires, il semblerait que Google ait plus ou moins enfin référencé le site : http://http://hannibal.hautesalpes.free.fr/index.html

D’autre part, davantage d’informations sur l’affaire de Hannbal et le col de la Traversette, topo et commentaires, ainsi que sur le tunnel de ce col sont disponibles sur le site : https://www.envie-de-queyras.com/news/story/hannibal-traversette-un-mythe-fumeux  et  et http://hannibal.hautesalpes.free.fr/index.html

LE PASSAGE D’HANNIBAL BARCA DANS LES ALPES : EXAMEN DES DEUX RÉCITS, L’ÉTAT DES LIEUX [III]

LE PERSONNAGE D’HANNIBAL BARCA SELON POLYBE

Tout au long du récit, il est à constater que l’image renvoyée par cet auteur grec du plus grand des stratèges, n’est pas des plus heureuses et contredit sur ce point la vérité historique.

Tout d’abord on ne comprend pas pourquoi, Hannibal [selon Polybe] tenait tant à traverser le Rhône, derrière lequel s’était retranchée une armée gauloise pour finalement le remonter, afin de retrouver son entrée dans les Alpes très haut sur le cours d’eau .

Suite au franchissement de ce fleuve par son armée, Hannibal en est à recourir à l’intervention de Magile pour faire accepter par ses troupes la continuité de l’opération entreprise jusqu’alors; on est en droit de déceler un doute [sur le continuum du récit] ou de suspecter une faiblesse de sa part.

Ensuite pour régler un problème de succession entre chefs gaulois lors de son arrivée auprès de l’Isle, Hannibal emploie, plus ou moins circonvenu par le chef aîné, la manière forte pour résoudre la question, au prix d’une immixtion dangereuse dans les affaires des autochtones rencontrés sur sa route.

A cette confluence de l’Isère, évidente porte d’entrée dans les Alpes en remontant cette rivière, Hannibal, préférera remonter le Rhône pour trouver une autre entrée en lambinant pendant 10 jours chez une peuplade, les Allobroges qui faisaient peur à ses soldats.

Lors du départ de l’Isle et en route vers l’entrée des Alpes, Hannibal bénéficiera d’une escorte de ces mêmes gaulois mais à l’arrière de ses troupes, ayant été abusé sur l’efficacité promise d’une telle mesure.

Lors de la première embuscade, Hannibal sur une pente en territoire ennemi, fait passer en premier les bêtes de somme, partie éminemment vulnérable, et lorsque cela dégénère, il observe, sans bouger, les premiers revers occasionnés à sa colonne montante, puis intervient subitement.

Lors de la rencontre avec des chefs gaulois avant la seconde embuscade, Hannibal fait totalement confiance aux guides qui vont le trahir.

Néanmoins Hannibal aura pris la précaution de renforcer l’arrière-garde carthaginoise à ce moment là, alors que depuis plusieurs jours, il évoluait en territoire résolument hostile suite à la prise ainsi que le saccage de la ville allobroge.

[Sur ce dernier point, lors de la halte dans cette ville Polybe, Polybe parle d’un retranchement sur ce site et on ne comprend plus qu’ensuite Hannibal ne prenne pas de précautions pour assurer ensuite la progression de son armée jusqu’à la rencontre de ces Gaulois avec guides sur sa route]

Excluant aussi toute prudence, Hannibal n’aura pas recours à ses éclaireurs de l’arrière, ne se rendant pas compte qu’une armée d’autochtones, des barbares marathoniens sans doute, le suivaient à la trace pour l’attaquer à l’arrière sur les lieux de la seconde embuscade.

Enfin le Barcide engagera toute son armée qui en paiera le prix fort avec la perte du quart de ses effectifs dans la descente d’un col vers l’Italie, sans s’être assuré que la circulation en ces lieux était possible ni que des forces ennemies ne l’attendaient pas au pied de cette descente.

Indubitablement on est en présence d’un individu mal assuré, indolent, influençable et très caractériel et il semblerait que chaque fois suite à une action sensée réussie, il retombe dans l’irrésolution, la passivité, l’indolence……

A n’en pas douter Polybe tend à rabaisser le Carthaginois avec systématiquement mise avant de propos tendant à défavoriser la conduite de cet ennemi de Rome.

Également comme déjà signalé, l’historien grec ménagera et c’est un euphémisme le comportement calamiteux de l’autre protagoniste de l’affaire, le consul romain Cornélius Publius Scipio, au point finalement d’altérer délibérément la réalité des événements des deux cotés des Alpes.

Devant cet état de chose, une inversion des personnalités attribuées à chacun des deux chefs militaires semble une évidence.

HANNIBAL DANS LES HAUTES-ALPES, LE PASSAGE DU COL DE LA TRAVERSETTE

HANNIBAL DANS LES HAUTES-ALPES, LE PASSAGE DU COL DE LA TRAVERSETTE

Il est à rappeler que les présentes chroniques [une vingtaine] sont la continuation des réflexions et recherches entreprises pour l’élaboration de l’ouvrage paru en 2014 «Hannibal et la traversée des Hautes-Alpes, la fin du dogme». (Éditions Rambelaid 4 lot Pré Vescal 05000 Rambaud, 39 € frais de port compris pour la France métropolitaine)

Précisons également que ces réflexions et recherches nouvelles permettent de conforter on ne peut mieux toutes les avancées et analyses contenues dans ce livre.

Les commentaires sont les bienvenus, si cette indication n’apparaissait pas dans l’article traité, ils peuvent être adressés à rambelaid(arobase)gmail.com.

Le scoop médiatique, émanant de la publication du récent rapport de M. W C Mahaney ainsi que d’une déclaration [sur du crottin de cheval], selon lequel Hannibal aurait descendu en Italie par le col de la Traversette appelle les observations suivantes:

Tout d’abord cela fait une bonne décennie que l’équipe de ce professeur du York University Toronto écume le versant italien du dit col en quête de traces géologique du passage de l’armée carthaginoise en ces lieux.

En effet W. Mahaney a repris à son compte l’itinéraire proposé en premier lieu par Sir Gavin de Beer, itinéraire avec entrée dans les Alpes par la Drome.

Cet itinéraire, soit disant inspiré du récit de Polybe, reposait sur une une confusion entre le col de Grimone dans la Drome et le col de sortie vers l’Italie, col de Cremone (environs du Petit Saint Bernard), affirmation du passage de Hannibal par ces lieux que soutenait Coelius Antipater [information rapportée par Tite-Live].

William C Mahaney fonde son passage du col de sortie en bout de la vallée du Guil, celui de la Traversette à 2947 mètres d’altitude, sur la présence en versant italien de névés [amas de neige permanent], localisables uniquement en haute altitude alors que Polybe précise bien que c’était exceptionnel, la neige étant tombée sur celle restant de l’année précédente.

Pour justifier le choix de cette vallée comme parcours vers un col, M. Mahaney argue du fait soit-disant inspiré du texte de Polybe que Hannibal aurait été prévenu d’une concentration d’Allobroges l’attendant au col de Montgenèvre.

Dans la même tonalité, ce chercheur justifiait déjà en 2004 le passage de Hannibal par la Batie Mont-Saléon par des preuves archéologiques localisées à cet endroit.

Quant aux résultats obtenus coté versant Italien que M. Mahaney qualifie également de preuves, ils se limitent pour l’instant à l’affirmation d’avoir trouvé la trace du glissement de terrain qui aurait momentanément constitué un obstacle à la progression de l’armée punique en cet endroit.

On peut lui objecter que suite au percement, juste en dessous du col de la Traversette d’un tunnel au XVe siècle, les Italiens se sont ingéniés par la suite pour des raisons de favoritisme économique à dégrades sur leur versant le passage par ce col comme ils l’ont fait aussi pour le versant italien du col de Montgenèvre.

Faisant feu de tous bois, M. Mahaney a tenté de trouver le rocher calciné figurant dans le récit de Tite-Live, obstacle différent de celui mentionné dans l’ouvrage de Polybe, ne sachant pas sans doute que ce ce procédé de fragmentation de roche ne peut jouer qu’avec du calcaire, ce qui n’est pas le cas de la roche du coté italien.

Ensuite comme déjà signalé, M. Mahaney, mais dans son rapport de 2016, continue à prendre plutôt des libertés avec le texte de l’auteur grec, dont il prétend s’inspirer:

Ainsi Polybe: «Le lendemain, les ennemis s’étant retirés, il [Hannibal] rejoignit sa cavalerie et ses bêtes de somme, et s’avança vers la cime des Alpes. Dans cette route, il ne se rencontra plus de Barbares qui l’attaquassent en corps. Quelques pelotons seulement voltigeaient çà et là, et, se présentant tantôt à la queue, tantôt à la tête, enlevaient quelques bagages. Les éléphants lui furent alors d’un grand secours. C’était assez qu’ils parussent pour effrayer les ennemis et les mettre en fuite».

Les harcèlements mentionnés se font sur une route existante montant au col et n’existent pas, apparemment, de lieux aptes sur ce chemin à dresser d’autres embuscades.

Mais que penser alors de la transposition de ce texte sur la montée du col de la Traversette (les pelotons de Gaulois agresseurs voltigeant tout autour du convoi dans un relief dépourvu de route) ?

Que dire de la suite?

Mahaney avance la possibilité d’un bivouac [qu’il ne situe pas] avant le col pour les troupes d’Hannibal [une quarantaine de milliers de bipèdes et quadrupèdes] alors que dans le texte de sa référence il est écrit «Après neuf jours de marche, il [Hannibal] arriva enfin au sommet des montagnes. Il y demeura deux jours».et plus loin «Le lendemain il lève le camp, et commence la descente des montagnes.»

Dans l’hypothèse suggérée par W. Mahaney, il n’y pas pas bivouac au col [ en effet impossible vu le relief] et le camp levé il aurait fallu faire remonter l’armée punique jusqu’au col pour entamer la descente.

A ce moment là Polybe fournit une information très importante «C’était le temps du coucher des Pléiades, et déjà la neige avait couvert le sommet des montagnes». [La période du coucher des Pléiades début novembre marquait selon Hésiode le début de l’hiver].

On peut en inférer d’après le texte de l’historien grec que l’armée de Hannibal a rencontré la neige au sommet du col et non pendant l’ascension vers cet endroit; à cette époque de l’année compte tenu de l’altitude et considérant le col en cause, celui de la Traversette, il y avait déjà nécessairement de la neige dans l’ascension.

A beaucoup d’égards le récit de Polybe ne paraît pas s’insérer dans la configuration de terrain existant lors de l’ascension du col de la Traversette pour la période indiquée.

Ensuite la nouveauté des recherches de Bill Mahaney, motivant son rapport, réside dans le fait qu’il a changé son fusil d’épaule.

Sur le versant italien du col de la Traversette, la preuve du passage d’Hannibal devait résulter de la géologie, apparemment il n’en est rien; maintenant sur le coté français ce sont des traces d’excréments des animaux du convoi de l’armée de Hannibal qui seraient en ligne de mire et objet du nouveau rapport.

Pour cela, le choix de M. Mahaney s’est porté sur une tourbière [recueillant les sédiments et les restes des excréments apportées par le ruissellement des eaux de la fonte des neiges des pentes supérieures] sise à 2580 mètres d’altitude où auraient été trouvés des signes d’un intense « barattage» ou «brassage» des couches inférieures du bourbier, constatations que M. Mahaney attribue à un mouvement important de milliers d’humains et d’animaux excluant la possibilité d’une simple activité animale due à la transhumance ainsi qu’aux bêtes sauvages.

Sans raison il est relié le phénomène au passage de l’armée de Hannibal mais la conclusion du rapport est obligée de convenir qu’il n’y a pas de preuve en ce sens.

Concernant le dit phénomène et la suggestion de l’attribuer au passage de milliers d’humains et d’animaux, il apparaît qu’il n’y pas eu malaxage intensif du terrain, mais remontées et descentes des couches du sol.

Le dit phénomène semble résulter des effets de la phase annuelle gel-dégel, fait classique en haute altitude accentué en l’espèce par la composition spécifique d’une tourbière [matières et humidité, celle-ci étant intense dans le cas de la tourbière en cause].

La calibration des prélèvements opérés, en nombre minime, pour déterminer une datation vers l’époque de la traversée des Alpes par Hannibal n’est pas communiquée de manière précise et est par ailleurs contestable.

En définitive, ce rapport de 2016 sur des recherches in situ datant des années 2011 et 2013 n’amène strictement rien de concluant, il est basé sur une suggestion [barattage intense] donnant elle même lieu à une interprétation [piétinement de milliers d’humains et d’animaux] appuyée à son tour par des probablement, et finalisée par il se peut que [Hannibal].

En dehors de ce qui est rapporté, les recherches ont donc continué sur l’investigation des matières organiques dans les prélèvements de la seule couche de terrain supposée relevant de la datation proche du passage de l’armée punique, et investigations délibérément orientées vers le coté chevalin.

Il convient donc de dissocier le rapport publié et sans valeur probante et la déclaration distincte mais concomitante, déclaration par laquelle le microbiologiste attitré de l’équipe Mahaney affirme avoir décelé l’œuf d’un ver parasite du cheval sur un prélèvement opéré sur le bourbier à 2580 mètres d’altitude.

En l’espèce on ne voit pas ce que cela aurait d’exceptionnel, il faudrait surtout prouver, si ce fait avait quelque importance, que l’on ne retrouve pas d’œuf de ce type sur des prélèvements issus de couches plus profondes, examens qui n’ont jamais été effectués.

D’autant que cet œuf de ver parasite du cheval peut très bien avoir était apporté à l’époque en cause par un être vivant ayant marché sur le crottin porteur ou fureté dedans.

Surtout le microbiologiste auteur de la découverte en question se permet de statuer outrancièrement hors de ses compétences pour affirmer que le parasite a été trouvé dans un malaxage de terrain [barattage] produit par un mouvement constant de milliers d’hommes et d’animaux et que la signature génétique du dit œuf date précisément du temps de l’invasion punique [autant d’éléments qui n’ont jamais été prouvés].

« The deposition lies within a churned-up mass from a 1-metre thick alluvial mire, produced by the constant movement of thousands of animals and humans. Over 70 per cent of the microbes in horse manure are from a group known as the Clostridia, that are very stable in soil — surviving for thousands of years. We found scientifically significant evidence of these same bugs in a genetic microbial signature precisely dating to the time of the Punic invasion. »

L’aspect médiatique, sinon le forcing attestant qu’il n’y a toujours strictement rien de concluant dans toute cette affaire, se poursuit avec l’annonce de la recherche coté microbiologie du rattachement du germe de l’œuf du ver parasite de cheval, à un cheval d’Afrique ou d’Espagne et coté terrain de l’espoir de trouver dans la tourbière des monnaies, armes, artefacts…..

Enfin pour en revenir au passage des Carthaginois, et dans le cas d’espèce évoqué, celui par le col de la Traversette à 2947 mètres d’altitude, il est à noter que Hannibal aurait fait l’ascension et la descente de ce col tout bonnement sans guides et ce dans la neige et au mois de novembre.

En effet, dans toute cette affaire la question essentielle demeure toujours éludée, à savoir la réalité d’une descente périlleuse et catastrophique d’un col donnant accès sur l’Italie: d’une part aucun passage vers cette destination ne présente la caractéristique de comporter une descente en flanc de falaise avec éboulis; dans cette partie de l’itinéraire, la descente du versant nord, Hannibal aurait perdu, selon Polybe le quart de son armée, au bas mot 9000 hommes.

D’autre part il est bon de souligner que, dans les deux récits de référence, le convoi carthaginois [une quarantaine de milliers de bipèdes et quadrupèdes dont 37 éléphants] dans la descente du versant italien s’est vu arrêter par un obstacle [différent dans chacun des récits], qu’il est revenu au sommet du col [bivouac] pour emprunter une autre voie laquelle s’est révélée impraticable [neige sur la neige gelée de l’année précédente], qu’il est revenu sur ses pas pour reprendre le premier chemin et qu’il a résolu l’obstacle initial [de manière différente dans chacun des récits] pour atteindre la plaine italienne et tout cela effectué sans mention d’existence de guides.

Enfin que penser d’un stratège hors pair qui s’engage de manière futile dans un col sans savoir si son accès est libre et si des forces ennemies ne l’attendent pas au bas du versant italien?

Rappelons surtout que les auteurs antiques considéraient et écrivaient que Hannibal avait accompli un exploit en se frayant un chemin dans l’ascension ainsi qu’en entrée dans les Alpes et non pas dans la descente d’un col de sortie vers l’Italie, épisode qu’ils n’ont jamais pensé utile de mentionner.

LE PASSAGE D’HANNIBAL BARCA DANS LES ALPES : EXAMEN DES DEUX RÉCITS, L’ÉTAT DES LIEUX [II]

Il est à rappeler que les présentes chroniques [une vingtaine] sont la continuation des réflexions et recherches entreprises pour l’élaboration de l’ouvrage paru en 2014 «Hannibal et la traversée des Hautes-Alpes, la fin du dogme». (Éditions Rambelaid 4 lot Pré Vescal 05000 Rambaud, 39 € frais de port compris pour la France métropolitaine)

Précisons également que ces réflexions et recherches nouvelles permettent de conforter on ne peut mieux toutes les avancées et analyses contenues dans ce livre.

Les commentaires sont les bienvenus, si cette indication n’apparaissait pas dans l’article traité, ils peuvent être adressés à rambelaid(arobase)gmail.com.

L’ITINÉRAIRE D’HANNIBAL BARCA SELON TITE-LIVE

Du texte de cet auteur on peut induire, de manière certaine, un itinéraire en partie par la vallée de la Durance.

L’historien en plus du report des écrits avec tous les détails des accompagnateurs de l’armée d’Hannibal a complété son exposé en recourant à d’autres sources mentionnées, comme le premier grand annaliste romain Cincius Alimentus qui a conversé avec Hannibal, comme Coelius Antipater, contemporain de Polybe, mais aussi avec une autre source non référencée contemporaine à l’évidence de Caesar, qui lui a fourni les seules précisions géographiques du dit itinéraire en termes de localisation de peuplades, contenues dans le chapitre en cause [passage chez les Tricassins, Les Voconces, les Tricarii, pour atteindre la Durance].

Curieusement les partisans de cet historien ont reconstitué le dit itinéraire en interprétant à tort un mot du texte latin contenu dans ce qui est véritablement un commentaire tout à fait personnel de cet auteur romain sur l’ensemble de ce passage chez les peuplades en cause, changeant le mot détour en demi-tour, donnant ainsi naissance à une variété fallacieuse de parcours méridionaux empruntés par Hannibal en faisant redescendre à celui-ci le Rhone depuis la confluence de ce fleuve avec l’Isère [l’Isle] pour remonter d’autres cours d’eau sis plus bas:, la Drôme, l’Eygues ……

De surcroît l’historien latin précise également à ce moment de son discours que deux cours d’eau sortent des Alpes, et indique donc les deux seules entrées possibles dans les Alpes à partir de cette confluence, soit par la remontée du Rhône où soit par la remontée de l’Isère.

Mais mentionnant la traversée de la Durance comme terme de ce détour, il faut en conclure que le parcours du Carthaginois s’est effectuée depuis ce point, la confluence citée, pour aboutir à la Durance vers le haut de son cours.

Dans ce cadre, les itinéraires méridionaux attribués à la marche d’Hannibal [par la Drôme, l’Eygues et autres] se voient priver définitivement de tout fondement et la seule voie possible offerte à la marche des forces puniques réside dans le parcours du tronçon Isère-Haute-Durance.

Tite-Live positionne, avant l’entrée dans les Alpes, l’armée carthaginoise à la confluence du Rhône et de l’Isère et reprend lui aussi le récit avec cette troupe progressant dans les Alpes en un milieu très accidenté, l’avant veille de la première embuscade dans ces montagnes.

A cette occasion l’auteur latin ajoute des précisions sur le contexte géographique et climatique rencontré par l’armée punique dans ce nouvel environnement (froid, gel, neiges, sommets, habitats perchés, vallées cachées propres à exterminer une telle armé…) pour une période automnale en massif montagnard, précisions qui collent à l’époque et au temps de l’événement.

En présence des caractéristiques spécifiques relevées affectant un tel milieu, un passage depuis l’Isère via le Trièves [occupé par les Tricorii], par le col de la Croix-Haute [massif du Bochaine, peuplement Voconces] ]pour atteindre la Durance paraît devoir être exclu, par ailleurs, la succession des peuplades qui jalonnent cet itinéraire [ou ses variantes] ne peut jouer dans l’ordre indiqué par Tite-Live [Voconces puis Tricorii et enfin Durance] .

Pour le col terminal vers l’Italie, Hannibal rencontrant en premier, aux pieds des monts les Taurini, le col d’élection est naturellement celui de Montgenèvre, col pratiqué fort longtemps avant la deuxième guerre punique et accessible en remontant la Durance vers ses sources.

Mais aussi Tite-Live connaissant bien les peuplades dans les montagnes [Seduni, Veragri,Salassi] et celles aux pieds des monts [Libuens, Taurini], sa précision sur les Taurini exclue toute arrivée en Italie chez d’autres peuplades, telles celle des Ligures [les Vagiennes, en dessous des Taurini] que certaines propositions d’itinéraires ne manquent pas d’impliquer.

Ceci admis, la marche d’Hannibal pour aborder les Alpes présente plus de cohérence que celle évoquée précédemment par Polybe:

Hannibal traverse le Rhône au dessus de la confluence de ce fleuve avec la Durance pour remonter effectivement ce cours d’eau vers ses sources et trouver son passage normal vers l’Italie, le col des Taurini, le col de Montgenèvre.

Mais devant la proximité des légions de Publius Cornélius Scipio, il est contraint alors, avec l’aide de Magalus, de remonter le fleuve jusqu’à sa confluence avec l’Isère pour pouvoir entrer dans les Alpes.

Hannibal, après le départ de la confluence Rhône-Isère ne sera pas accompagné vers l’entrée des Alpes, pour sécuriser sa marche, de troupes gauloises marchant curieusement à l’arrière de son armée, ni ne traversera pas à allure réduite les territoires des redoutables Allobroges.

Tite-Live effectuant ses recherches d’après des documents [principalement les textes des accompagnateurs de l’armée punique de -218] et ne pratiquant pas la visite in situ à la recherche de témoignages d’autochtones, la question d’une l’interférence éventuelle de l’itinéraire de Hasdrubal avec celui de Hannibal ne se pose pas.

Sa description personnelle [et émanant d’une autre source] des conditions d’entrée dans les Alpes coïncide davantage avec les écrits des accompagnateurs d’Hannibal qu’il a repris dans son récit, mais aussi avec la réalité montagnarde de ce temps ainsi qu’avec le passage de l’armée punique par le territoire des Tricorii pour atteindre la Durance.

Surtout, sa phrase [de nature contradictoire avec ce qu’il a écrit jusque là] avant l’arrivée d’Hannibal au col de destination, sur neuf jours passés avec des guides pour se frayer un chemin dans les montagnes, est en totale adéquation avec cette réalité montagnarde existant chez les Tricorii et rejoint par ailleurs les premiers récits relatant cette aventure, récits totalement rejetés par Polybe, mais récits repris aussi par les historiens postérieurs.

A y regarder de près, cette dernière phrase [qui ne serait pas d’évidence à la bonne place dans le récit] ne peut émaner que d’une source du temps d’Hannibal et on ne peut s’empêcher de penser en cette occasion au propréteur Lucius Cincius Alimentus, le captif [traité avec des égards] de Hannibal, qui sera le grand annaliste romain que l’on sait ainsi qu’une des sources de Tite-live [ainsi que de Polybe!].

Tite-Live ira également plus loin en établissant, ce qui n’a jamais été contesté jusqu’à présent, que les troupes carthaginoises dans les Alpes en -218 n’avaient pas pu passer par un col septentrional, le passage des Salassi, le col du Petit saint Bernard en l’occurrence.

Conséquemment Tite-live ne mérite en aucune façon l’appellation de copieur et de falsificateur que certains ont avancé à son encontre; la critique historique tend aujourd’hui à lui rendre justice; dans l’épisode de la traversée alpine, la source lui ayant procuré le détail de l’itinéraire par les peuplades indiquées a été identifiée et confirmée avec davantage de détails par un historien de l’antiquité tardive réputé pour sa rigueur et son honnêteté.

Schématiquement la structure du récit de cet historien s’appuie principalement sur la juxtaposition [sans trop se poser de questions] des textes complets des accompagnateurs de l’armée de Hannibal avec cette autre source extérieure, ainsi que contemporaine maintenant identifiée.

L’itinéraire proposé par l’historien latin demande simplement à être réexaminé au niveau de la considération des deux sources [[écrits des accompagnateurs de l’armée de Hannibal et cette source extérieure sur le passage chez les peuplades]; plutôt qu’une juxtaposition nette c’est un chevauchement qui doit être envisagé .

LE PASSAGE D’HANNIBAL DANS LES ALPES: EXAMEN DES DEUX RÉCITS, L’ÉTAT DES LIEUX [I] SUITE

Il est à rappeler que les présentes chroniques [une vingtaine] sont issues des réflexions et recherches entreprises pour l’élaboration de l’ouvrage paru en 2014 «Hannibal et la traversée des Hautes-Alpes, la fin du dogme. (Éditions Rambelaid 4 lot Pré Vescal 05000 Rambaud, 39 € frais de port compris pour la France métropolitaine)

Précisons également que ces réflexions et recherches nouvelles permettent de conforter on ne peut mieux toutes les avancées et analyses contenues dans ce livre.

L’ITINÉRAIRE RHODANIEN D’ HANNIBAL SELON POLYBE

En premier lieu, il doit être bien compris que cet itinéraire est le produit exclusif des constatations su place ainsi que des réflexions de Polybe.

Les textes des accompagnateurs de l’armée carthaginoise d’Hannibal, auxquels s’est référé l’auteur grec pour écrire son récit, étaient totalement muets sur l’entrée dans les Alpes et sur l’identification du col de sortie vers l’Italie relatives au trajet des troupes puniques.

En clair les textes de ces lettrés sur la traversée alpine commençaient pendant l’ascension et se terminaient le col final étant en vue.

En effet, les textes de Silenos et de Soylos ne relataient que les faits et gestes du héros: Hannibal.

La dernière intervention en date, du Carthaginois avant les Alpes, prenait place à l’Isle (confluence du Rhone avec l’Isère) où il avait résolu un cas de succession entre héritiers royaux.

Sa première intervention à l’intérieur du massif alpin aura pour cadre la première embuscade et la dernière se situera au lendemain de la seconde embuscade où il réunira son armée dispersée lors de l’attaque.

C’est uniquement à l’occasion de ces événements que seront fournis par Silenos et Sosylos des détails topographiques pour illustrer la scène, d’où en retour l’absence de narration lors de l’entrée dans les Alpes et de la sortie [par le col] car il n’y avait rien à mettre au crédit du chef punique à ces occasions là.

Tout le reste du récit de l’historien grec [sur la partie de cette expédition] pour assurer la liaison des textes originaux qu’il a repris, sous une forme élaguée, n’est que le fruit de son imagination: ainsi la menace fantôme des Allobroges avant la première embuscade et l’ambiance de perfidie des montagnards avant la seconde embuscade.

En second lieu, cet itinéraire rhodanien révélant la vision de l’auteur grec concernant le parcours qu’il assigne à l’armée punique en -218 n’est pas contestable et s’appuie sur de nombreux éléments:

D’abord au début du récit sur l’épopée du général carthaginois, Polybe affiche tout de suite la couleur en indiquant un lieu a priori anodin le site de franchissement du Rhône à partir duquel est mesurée la distance entre ce point et l’entrée dans le massif alpin évaluée à 1400 stades (près de 250 kilomètres).

Ensuite après le passage du Rhône Polybe écrit qu’Hannibal remonte le Rhône vers l’est, alors qu’en remontant le fleuve de cet endroit on se dirige carrément vers le nord.

En fait l’historien nous dévoile le parcours initié au franchissement du fleuve; le Carthaginois va trouver son entrée dans les Alpes en suivant le fleuve jusqu’à l’est, et précisément après la confluence du fleuve avec la Saône, le Rhône oblique radicalement vers cette direction pour pénétrer dans le massif alpin..

Intervient alors la digression de Polybe, véritable profession de foi, avec un topo sur le cours du Rhône dans les Alpes, ainsi que la mention et détails sur la partie de la vallée du fleuve à l’intérieur du massif alpin où demeurent les Celtes Ardyes [seule peuplade localisée dans tout le récit de Polybe entre la traversée du Rhone et l’approche du col final !].

Ensuite, Polybe fait ressortir que les Alpes séparent la plaine du Po de la vallée du Rhône en Gaule

et que c’est en suivant le cours du fleuve dans le massif alpin que l’on peut approcher de l’Italie, id est les plaines du Po.

«C’est cette chaîne que franchit alors Hannibal, quand il quitta les lieux où court le Rhône pour se jeter sur l’Italie.»

On ne peut pas être plus clair: c’est en quittant le Rhône dans les Alpes que l’on peut atteindre l’Italie.

Mais l’historien continue en mettant les points sur les i, le trajet de l’armée punique va se se poursuivre après avoir quitté la confluence du Rhône avec l’Isère [l’Isle], chez les Gaulois Allobroges lesquels peuplaient [mais Polybe ne le précise pas] les deux rives du fleuve

C’est par ce chemin que Hannibal va entrer dans les Alpes «Hannibal avait marché dix jours et avait fait environ huit cent stades [environ 140 kilomètres] de chemin le long du fleuve [Potamos] lorsqu’il commença l’ascension des Alpes»

Il est bien question du fleuve et non d’un quelconque affluent tel que l’Isère ou autre et Polybe surenchérit de plus belle en précisant que durant toute cette période les troupes puniques ont progressé dans le plat pays avant d’atteindre les passages difficiles consécutifs à l’entrée dans les Alpes.

Toute remontée d’un de ces cours d’eau est expressément exclu, que ce soit dans la remontée de l’Isère ou autre, on ne traverse pas un plat pays puisqu’on rentre dans les montagnes d’où sortent les dits cours d’eau.

Plus particulièrement la remontée de l’Isère n’était pas un territoire totalement sous contrôle des Allobroges car les Voconces occupaient en ces temps la rive gauche de ce cours d’eau jusqu’à hauteur de Grenoble (la Cularo des Romains) et Hannibal ne traversant pas l’Isère aurait du alors la remonter suivant la rive gauche.

L’interprétation abusive du mot «Potamos» en rivière visant l’Isère n’est donc pas acceptable et encore moins en la justifiant par le fait que Polybe ne mentionne pas la traversée de cette rivière alpine pour accréditer toute poursuite de la remontée du Rhône.

Cette objection n’a aucune valeur, l’historien grec n’ayant rien écrit dans son récit sur une quelconque franchissement nominal de ce genre de cours d’eau pendant toute la traversée de la Gaule par Hannibal.

Pour la vérification des mesures de Polybe, on peut constater que son entrée dans les Alpes sur le Rhône est distante d’environ 140 kilomètres (les 800 stades) de l’Isle , la confluence Rhône-Isère, et que le point de franchissement du Rhône par l’armée carthaginoise se trouve à proximité de Roquemaure soit environ à 250 kilomètres (les1400 stades), de la dite entrée dans la chaîne des Alpes par le Rhône.

Immanquablement Polybe amène le lecteur à cet endroit d’entrée dans les Alpes qu’est la sortie du Rhône entre l’Isle Crémieu et le jura méridional.

Cette entrée dans les alpes correspond exactement à la vision de la progression des Carthaginois dans les Alpes telle que dessinée par Polybe dans sa digression après le passage du Rhône par l’armée d’Hannibal, en peignant un accès facile dans une région habitée, pour lui les Alpes ne seraient pas qu’escarpées et désertes.

Ainsi que l’on peut le constater, Polybe au fur et à mesure nous entraîne vers la même direction, une progression à l’intérieur des Alpes en suivant le cours de ce fleuve.

Ceci posé, la progression de l’armée carthaginoise dans le récit se fait dans des conditions opposées à celles annoncées par Polybe avec la présence de nombreuses difficultés de terrain, les «pas [passages] difficiles» cités dés l’entrée dans les Alpes et également avant la seconde embuscade ainsi que des lieux d’embuscades dans des endroits ne correspondant pas à ceux que l’on devrait trouver pour une circulation aisée comme le suggère l’historien dans sa digression.

Ainsi ces mêmes conditions annoncées de progression en terrain facile contredisent les textes des accompagnateurs d’Hannibal que l’historien grec a repris pour construire sa relation des événements.

Si l’on ne retrouve pas en entrée des Alpes ces conditions de circulation rapportés par les accompagnateurs de l’armée carthaginoise, c’est que ces accompagnateurs et l’armée punique d’Hannibal n’ont pas pénétré dans les Alpes par l’entrée de ce massif qu’indique Polybe.

Si Polybe a recueilli des témoignages de passage d’une armée carthaginoise à l’endroit où toutes ses indications aboutissent, comme ce ne peut être l’armée d’Hannibal, il faut en conclure que ce devait être l’armée carthaginoise de renfort d’Hasdrubal dix ans plus tard qui était en cause.

Et de ce coté là, on sait que cette armée quoique plus importante que la première a opéré une traversée du massif plus rapidement que celle d’Hannibal ceci impliquant des conditions de circulation, bien meilleure, caractéristiques affectant une route carrossable et très fréquentée.

Polybe a donc retrouvé des traces de passage de la seconde armée punique, celle conduite par Hasdrubal, et l’itinéraire par cette route permet d’arriver en Italie par le col du Petit Saint Bernard chez les Salassi du Val d’Aoste.

Il va de soi que l’itinéraire emprunté en -206 par l’armée carthaginoise d’Hasdrubal suivait les pistes gauloises de cette époque, pistes qui, après la conquête de la Gaule ont été remaniées [tracés améliorés ou parties modifiés etc…] en voies [Via] suivant l’optique et les besoins des Romains.

Parmi les témoignages recueillis certains faisant état de la présence de nombreux Gaulois suivant cette armée carthaginoise, Polybe en a conclu hâtivement qu’il s’agissait des troupes du roi remis sur son trône par Hannibal qui assuraient une protection (???), alors que c’étaient de fait des Gaulois, Arvernes, Ambarres et autres recrutés par Hasdrubal en route vers l’Italie.

A contrario, Polybe étant remontée très haut sur le Rhône et sans doute même jusqu’à la vallée des Ardyes à l’intérieur des Alpes, il est quasiment miraculeux qu’il n’ait trouvé aucune trace ou témoignage relatif au passage de cette dernière expédition punique qui a du forcément longer ou traverser le Rhône pour pénétrer dans les Alpes.

Ainsi sur la base de sa découverte de traces en entrée dans les Alpes [par un terrain facile] qu’il attribue au passage d’Hannibal, Polybe pouvait alors fustiger les auteurs antérieurs [en les traitant de menteurs] qui avaient décrits des conditions de progression extrêmement difficiles dés la pénétration du massif alpin par l’armée d’Hannibal.

Mais aussi, concernant le parcours de l’armée carthaginoise d’Hannibal depuis son départ de l’Isle jusqu’à son arrivée en Italie, la sincérité de Polybe peut être sérieusement mise en doute au vu de tous les multiples éléments précédemment cités avec de surcroît son désintéressement flagrant pour la traversée des Alpes de la seconde expédition punique, celle conduite par Hasdrubal douze années plus tard.

Au final que reste-il de l’itinéraire assigné à d’Hannibal Polybe?

On est ramené de fait au départ de l’armée carthaginoise de l’Isle, confluence du Rhône avec l’Isère, pour une entrée des Alpes, débarrassé pour le parcours à suivre de l’ectoplasmique rocher blanc et du délai de 9 jours pour la traversée des Alpes.

A ce niveau pour y voir plus clair et si l’on veut aller plus loin le récit de Polybe nécessite d’être élagué de tous les commentaires de cet auteur pour essayer de retrouver les écrits [et l’esprit] des accompagnateurs de l’armée carthaginoise, écrits qui ont servis de support à l’affabulation de l’historien grec.