ANNIBAL ET LE COL DE SORTIE DES ALPES (Version Polybe)

ANNIBAL ET LE COL DE SORTIE DES ALPES (Version Polybe)

Suite

Ainsi deux cols, à partir de la seule prétendue exposition des plaines du , seraient déjà sur les rangs sans que absolument rien ne justifie à partir du texte retenu un itinéraire aboutissant à ces cols et encore moins à partir des éventuelles explications fournies par les promoteurs de tel ou tel passage en hauteur vers l’Italie pour accréditer semblable occurrence.

Dans ce genre, tout récemment, il a été ainsi avancé, et sans doute par introspection poussée opérée sur la personne de Polybe, qu’il fallait comprendre que l’historien entendait désigner la vallée où naît le et donc le versant italien du col de la Traversette et non la vallée de la Doire ripaire [jamais mentionnée par Polybe], accessible elle, à partir du col de Montgenèvre……

Il faut surtout convenir que l’information matérialisée par la seule expression de Polybe les plaines du n’a qu’une valeur vraiment dérisoire, fondée sur un geste prétendument prêté à Annibal face au seul critère à prendre en compte et totalement objectif, le cheminement de l’armée carthaginoise au regard de ce passage en hauteur: en l’espèce il est dit que cette troupe campa pendant deux jours au sommet du col en cause, et à défaut d’autres, c’est cette seule caractéristique qui mérite attention concernant la détermination d’un passage en hauteur accessible à l’armée punique en question.

De là, il s’en déduit que le sommet du col pouvant accueillir les quelques dizaines de milliers de Puniques et la dizaine de milliers de quadrupèdes (la cavalerie et le train des équipages) ne peut être qu’un espace de grandes dimensions et qu’en conséquence il ne doit pas afficher une altitude très élevée.

En effet on peut poser comme règle pratique que l’altitude conditionne les dimensions du col.

À l’inverse à 2.947 mètres d’altitude se trouve un passage vraiment minuscule, un collet en géographie, nommé Col de la Traversette totalement inapte à recevoir un campement pour une armée aussi importante que celle conduite par Hannibal et la remarque vaut également pour le col Clapier à 2.477 mètres d’altitude, deux cols susceptibles d’être retenus, si cela avait vraiment valeur de critère, car permettant de leurs sommets d’apercevoir les plaines du fleuve italien .

A cela il faut ajouter que le col recherché ne doit pas se situer bien loin du lieu de la seconde embuscade,, précisément un jours, ni d’une altitude élevée car Annibal consacra un des deux jours au sommet à attendre les traînards et le premier jour correspondrait en durée au temps écoulée entre la sortie complète au matin de l’armée, hormis les traînards, de la souricière et l’arrivée au sommet du col .

Par ailleurs, les chevaux et bêtes de somme qui s’étaient échappés seuls du piège, vinrent au bivouac ce qui ne peut que confirmer la courte distance parcourue et l’absence de pente très rude ainsi que prolongée entre ces deux lieux marquant une augmentation importante d’altitude.

Le versant italien

Coté aspect de la descente vers l’Italie dont l’analyse est délaissée par les chercheurs, les traductions convergent vers un sentier étroit et rapide, ce qui ne renseigne pas beaucoup, et contredisant la réalité d’un sommet du col de larges dimensions, supposerait un passage en hauteur large que d’un seul versant à classer dans les curiosités de la géomorphologie.

Autre point significatif à prendre en compte dans la descente, le harcèlement de maraudeurs tapis dans la neige, ce qui laisserait entendre l’existence d’un col au sommet très large pour permettre cette éventualité de passage où que ces indigènes s’étaient postés par avance sur le versant italien d’une grande vallée ne disposant que d’un seul col et accessible aux chevaux et bêtes de somme.

L’armée carthaginoise dans cette pente et dans la neige fut momentanément arrêtée par un double éboulement dont le dernier très récent à un endroit présenté d’abord comme dans une gorge étroite et ensuite comme bordant un précipice; semblables indications bien trop précises et trop vagues de part et d’autre ne constituent pas des indications fiables et ne méritent pas d’y consacrer des recherches.

Cependant la suite est plus intéressante car il est fait mention d’une seconde voie pour contourner l’obstacle, voie qui ne put être exploitée, la neige ancienne étant recouverte par la neige récente et il faut donc tabler désormais sur un versant italien d’un col comportant obligatoirement deux voies de descente donc une présentant des névés.

Si l’on veut aller alors au fond des choses, et ce en stricte conformité avec le texte de référence, il est à prendre acte que l’auteur mentionne que sur la voie initiale, après être revenu de cette seconde voie reconnue impraticable, fut construite une route à travers le double éboulement qui avait momentanément obligée hommes et animaux à s’aventurer sur la seconde voie.

Dans un tel contexte, les traces de cette route ayant permis enfin la progression des éléphants , seule réalisation effective des Puniques pendant toute la traversée des Alpes, constituerait un facteur supplémentaire sinon déterminant quant à l’utilisation par les Carthaginois du col retenu.

Toutefois il est à observer que le type de descente décrite par l’historien n’a pas pu jusqu’à présent faire l’objet d’une transposition sur un quelconque versant italien et que d’autre part la description d’une telle descente revêt une vision simpliste de la progression en pente et dans la neige en montagne, le tout sans guide avec de trop nombreux aléas pour correspondre à une quelconque réalité: harcèlements dans la neige sur un sentier étroit et rapide, les éléphants et autres animaux marchant en tète du convoi sur une telle piste et arrêtés par un obstacle à géométrie variable, une approche alternative dans des névés, des allés et retours de toute cette si longue colonne en file indienne sur cette pente enneigée, le creusement d’une route dans un double éboulement, la durée de toutes ces tribulations, tout cela au prix de la perte du quart de l’armée….

À tout ce qui vient d’être recensé du récit de l’historien et qui ne peut plaider en faveur de ce qu’il avance, il ne faut pas oublier d’y intégrer les propos du même auteur sur l’existence de son temps et a fortiori de l’époque de Annibal de quatre passages dans les Alpes, propos retransmis par Strabon, affirmation de Polybe qui jusqu’à présent n’a pu être mise en défaut:

Avec un passage vers les Rhétiens (col du Brenner ou du Saint Gothard ?), un passage vers les Salassi, (col du Petit Saint Bernard), un passage vers les Taurini (col de Montgenèvre), et un passage vers les Ligures non loin de la mer Tyrrhénienne (col de Tende ou Monaco?).

Cette révélation qui exclut, dans le cas du trajet à assigner à Annibal les cols extrêmes de cette liste, autorise à ne retenir que les cols médians nommés, ceux du Petit Saint Bernard ainsi que de Montgenèvre

Or, du sommet de ces deux passes connues, il s’avère qu’il est impossible de voir les fameuses plaines du Pô.

Une telle distorsion ne peut que remettre en cause l’assurance affirmée de Polybe sur une visite sur place de sa part devant l’incapacité de cet auteur à identifier un col qu’il connaissait pour l’avoir cité au titre de la peuplade chez laquelle ce passage en hauteur menait.

À l’inverse une telle situation serait de nature à conforter le coté générique de l’expression en cause utilisée dans le récit de cet historien, sans qu’elle emporte une quelconque localisation précise, preuve supplémentaire de son ignorance sur la question.

Dans l’énumération rapportée par Strabon, ne doit pas être retenue l’allusion à Annibal et au col des Taurini, citation ne figurant pas dans tous les manuscrits.

Bien plus dans ses écrits sur les Alpes, Strabon ne mentionne pas une seule fois Annibal.

Le pied des monts italien

L’arrivée au pied des monts d’une troupe famélique ayant perdu près de 10.000 soldats et tout autant nébuleuse sans indication de la peuplade d’accueil, ceci contredisant la mention de la part de l’historien d’une arrivée dans les plaines du Pô et chez les Insubres avec installation d’un camp non localisable où l’armée punique aurait eu tout le temps nécessaire pour se requinquer toute seule sans que soient alertés les Romains ou leurs alliés et aller assiéger ensuite sans l’aide des Insubres en guerre contre les Taurini la capitale de ces derniers.

La contradiction s’amplifie lorsque cet auteur évoque ensuite les Taurini, alors que l’ennemi proche pour Annibal était les deux légions romaines bloquées en Étrurie, Toscane, et que le stratège serait alors redescendu sans raison aucune pour attaquer Turin et ensuite remonter pour aller affronter ces deux légions Romaines et leurs alliés commandés par Cornelius Publius Scipio revenu en Italie avec quelques soldats.

A cela, on doit souligner, que pour arriver chez les Insubres, région de Milan, on y arrivait en passant chez les Salassi du val d’Aoste, ce qui rend encore plus troublant la carence de la désignation d’une peuplade que connaissait Polybe et qu’il ne mentionne pas pour atteindre le pied des monts.

Raisonnablement, devant ce paradoxe, on peut estimer que la locution en fin de phrase et chez les Insubres ne figurait pas dans le texte initial de Polybe et quelle est l’œuvre de scholiastes ou de copistes.

Dans tous les cas de figure l’exploitation sérieuse des écrits de Polybe à fin de localisation et d’identification de la passe empruntée par Hannibal et son armée semble trouver ses limites et n’autorise finalement qu’à induire certaines particularités concernant le versant français et le sommet du col: coté français, l’existence d’une route courte sans relief gênant la progression ainsi que sans un trop grand dénivelé entre le lieu de la seconde embuscade et le sommet, et un col d’altitude moyenne accusant de grandes dimensions.

Tout le reste, la descente apocalyptique et l’arrivée au pied des monts en Italie, phases relatées plus que discutables ne méritent pas la considération.

Néanmoins si on applique le principe de simplicité en ce qui concerne la détermination du fameux col de sortie, il en ressort que Polybe n’est pas en mesure de nous orienter vers un col précis, si ce n’est par recoupement hors de son récit avec sa déclaration sur les 4 cols des Alpes praticables de son temps où resteraient en lice que 2 cols pour l’épopée alpine de Hannibal, le col du Petit Saint
Bernard vers les Salassi et le col de Montgenèvre vers les Taurini.

Pour conclure sur la seule détermination du col de sortie emprunté par l’armée conduite par Hannibal:

Le texte de Polybe, de par son coté générique ne désigne aucun col de sortie et cite deux peuplades au pied des monts géographiquement opposées, les Insubres et les Taurini,

Aucun col ne donne chez les Insubres,

Pour arriver chez les Insubres il faut passer d’abord chez la peuplade des Salassi,

Polybe dans son énumération rapportée par Strabon fait état des Salassi, mais ne dit rien sur eux dans son récit de la traversée des Alpes,

Cet historien dans cette énumération écrit mentionne les dits Taurini, comme résidant au pied d’un passage d’un col précis, celui de Montgenèvre,

Le principe de simplicité, compte tenu des textes examinés, compte tenu tout autant des itinéraires élaborés très compliqués qui en résultent, voudrait que l’on retienne, à défaut de traces, un itinéraire conduisant au col donnant chez les Taurini, le col de Montgenèvre.

Par contre Tite-Live, sans désigner expressément un col, nous oriente vers la Durance voie héracléenne qui conduit en remontant vers ses sources vers un col praticable de tous temps et donnant en prime chez les Taurini cités par les deux historiens .

Si l ‘on ne veut pas tenir compte de cette évidence on est renvoyés à des circuits compliqués ne respectant pas les écrits de référence et se justifiant par des arguments très discutables et donc sans valeur.

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Annibal et le col de sortie (version Polybe)

 ANNIBAL ET LE COL DE SORTIE DES ALPES (Version Polybe)

Il a été invoqué à l’examen des textes anciens que les écrits de l’historien Polybe seraient en mesure de donner une information susceptible d’amener à l’identification de ce passage en hauteur vers l’Italie.

De fait la dite information se cantonnerait au seul sommet du col en question, ce que l’on peut observer en regardant de plus près ce récit traitant du versant français, du sommet du col, du versant italien et du pied des monts en Italie.

Toutefois une lecture plus attentive de ces différentes étapes permettrait de trouver d’autres éléments susceptibles d’améliorer quelque peu le contour du dit col.

Le versant français

Polybe, en matière de planimétrie, ne précisait rien de l’approche par l’armée carthaginoise du dit col après la seconde embuscade, où au matin toute l’infanterie avec Annibal avait pu  sortir du piège et rejoindre la cavalerie et les animaux de bat qui s’étaient échappés la veille de l’embuscade.

Où était allée s’abriter cette partie de l’armée?

Polybe n’en dit rien mais mentionne que c’est après la jonction des deux parties de l’armée que commencèrent les harcèlements des indigènes, lesquels n’étaient plus en nombre, avec les interventions en contre des éléphants à l’avant ou à l’arrière de la colonne effrayant ces agresseurs, d’où l’on peut quand même en inférer et surtout retenir que tout cela prit place sur un terrain apte à l’exercice de telles actions, à savoir une voie large dépourvu de relief ne permettant pas la réalisation d’autres embuscades et avec une pente pas trop excessive, compte tenu de la lenteur des pachydermes à se mouvoir en altitude dans ces conditions d’interpositions entre belligérants.

Au niveau des comportements de ces agresseurs-voltigeurs lors de cette marche vers le col, il est à noter qu’ils se conduisirent comme des brigands et on peut présumer que c’était leur dernier espoir de récupérer quelque chose avant un passage en hauteur proche et qu’il n’ y avait que peu de distance entre le lieu de l’embuscade et le sommet du col en cause.

Le texte de Polybe rend très bien compte de cette séquence:

«Le lendemain, les ennemis s’étant éloignés, Annibal rejoignit ses chevaux et ses bêtes de somme, et s’avança jusqu‘aux cols les plus hauts des Alpes, ne rencontrant plus les barbares réunis en masse, mais par groupes et par places, et ainsi encore incommodé par eux; car soit sur ses derrières, soit à son avant- garde, ils lui enlevaient quelque partie de ses bagages par des charges faites à propos. Il tira de ses bêtes [les éléphants] un excellent service: car là où dans cette marche elles se montraient , sur ces points-là les ennemis n’osaient approcher, effrayés qu’ils étaient par ce qu’il y avait d’étrange dans la figure de ces animaux».

Il est à noter que le flou entourant cette marche finale vers un passage en hauteur totalement indéterminé  est bien marqué par l’expression aux cols les plus hauts des Alpes  et qu’il n’est fait aucune mention de difficultés de terrain affectant la marche des Carthaginois en cette occasion, ni de durée, alors que depuis la veille la première embuscade jusqu’à la survenance de la seconde embuscade ces circonstances étaient relatées.

Dés cet instant il est à enregistrer une coupure dans la narration imputable au fait que l’historien ne savait rien de l’approche de l’armée vers le col et que également son assurance affirmée de s’être transporté sur les lieux n’est plus valable pour cet épisode et que cet état de fait ne peut que s’aggraver pour tout ce qui va suivre dans la description de l’étape finale.

L’interruption décelée est le pendant de celle concernant la période de l’entrée dans les Alpes jusqu’à la veille de la première embuscade; alors que cette dernière s’étalait sur plusieurs jours, dans le cas de la progression sur le versant français du col, cette séquence devait s’inscrire dans une période bien plus courte de l’ordre d’une journée, ce que laisse entendre Polybe en parlant tout de suite alors du neuvième jour. [et non d’un délai de neuf jours, délai que l’on ne peut retrouver].

Le sommet du col

Dans ce cadre topographique d’ensemble quasi inexistant l’indice fourni par l’historien dans son récit se borne en la remarque que du sommet du col en cause Annibal aurait montré à ses soldats découragés «les plaines du Pô», ou «les plaines que baigne le Pô».

Or cette indication est plus que sujette à caution dés l’instant où l’on constate une nouvelle fois que cet auteur ne mentionne pas en fait un col mais des cols « le neuvième jour parvenu au sommet des cols, il [Annibal] y dressa son camp et y resta deux jours», mention somme toute relative à une appellation générique recouvrant les hauts sommets bordant le pied des monts coté italien et mention démontrant à l’évidence que Polybe ignorait tout de la localisation du col en question.

De plus, l’historien en la circonstance ne donne aucune précision sur la configuration ni le lieu exact de ce sommet où le général carthaginois aurait fait semblable exhibition théâtrale, se contentant d’écrire qu’il y aurait rassemblé ses troupes; indication qui pourrait signifier tout autant que rendu sur ce vaste espace, le stratège devant ses troupes se serait contenté de désigner le paysage coté italien.

Il faut reconnaître que dans de telles conditions une authentification du col en question à partir de la seule remarque de l’exposition faite par Hannibal à ses troupes rassemblées au sommet de la passe n’est pas susceptible après analyse de fournir une valeur indicative géographique particulière.

Par cette expression de portée générale, les plaines du Pô, survenant après les plus hauts cols des alpes et les sommets des cols l’auteur grec ne pouvait entendre par là que l’Italie, car le baigne une partie importante de la péninsule.

Dés lors fonder un itinéraire en s’appuyant sur cette seule expression et en occultant ce contexte ne peut que déboucher sur rien d’exploitable.

Tout au plus, en faisant la part des choses, il est plutôt manifeste que ce général désignait uniquement le début du territoire présumé ennemi matérialisé par le versant italien visible pour signifier à ses soldats découragés, qu’ils étaient très proches du but, les dits mercenaires, à l’évidence n’étant pas venus jusque là dans le cadre d’un séminaire d’orographie.

En ce sens le texte invoqué est assez explicite, et pour une fois les traductions vont exactement dans le même sens, et mentionnent bien en premier et avec insistance l’Italie:

«… en leur montrant l’Italie. Cette contrée, en effet s’étend au pied des montagnes susdites, de façon qu’en embrassant du regard celles-ci et celle-là on voit que les Alpes sont disposées pour être l’acropole (la citadelle) de toute l’Italie.».

« »Les plaines du » n’interviennent qu’en second, à titre de renfort de rappel, et l’accent est mis sur le bon accueil de ses indigènes et non sur une éventuelle localisation géographique bien précise: «aussi, montrant à ses soldats les plaines du en leur rappelant le bon vouloir que leur témoignaient en général les Gaulois habitants de ces plaines

S’il subsistait encore quelque doute, il suffit de parcourir le récit de Polybe et d’y relever plusieurs fois la même expression sans que son usage vise à ces endroits du texte un emplacement géographique bien spécifique: «plaines de l’Italie qui avoisinent le (XL), lesquels étaient venus des plaines du (XLIV), les plaines qui avoisinent le (XLVII), il entra hardiment dans les plaines du (LVI).

Néanmoins si l’on prend pour argent comptant l’expression en question, on doit reconnaître aussitôt que l’on n’est pas plus avancé pour identifier le col en cause car plusieurs passages en hauteur peuvent remplir cette soi-disant condition laquelle implique la désignation d’un col en altitude élevée supérieure à 2 000 mètres comme ceux précédemment revendiqués, le col Clapier (ou col de Savine) et celui de la Traversette…..

À suivre

 

HANNIBAL BARCA DANS LES ALPES

Il est à rappeler que les présentes chroniques [ plus d’une vingtaine] sont la continuation des réflexions et recherches entreprises pour l’élaboration de l’ouvrage paru en 2014 «Hannibal et la traversée des Hautes-Alpes, la fin du dogme». (Éditions Rambelaid 4 lot Pré Vescal 05000 Rambaud, 39 € frais de port compris pour la France métropolitaine)

Précisons également que ces réflexions et recherches nouvelles permettent de conforter on ne peut mieux toutes les avancées et analyses contenues dans ce livre.

Les commentaires sont les bienvenus, si cette indication n’apparaissait pas dans l’article traité, ils peuvent être adressés à rambelaid(arobase)gmail.com.

HANNIBAL BARCA DANS LES ALPES: L’ABSENCE DE TRACES MONÉTAIRES DE PASSAGES

Suite à de nombreux contacts tant avec des numismates que des chercheurs avec détecteur sur le terrain, il se confirme de plus en plus que nulle part en Gaule, n’ont été retrouvées des monnaies carthaginoises spécifiquement liées aux déplacements des deux expéditions carthaginoises de la deuxième guerre punique.

Or de nombreuses monnaies puniques de diverses époques ont été trouvées partout en Europe témoignages des échanges commerciaux qu’entretenaient les Carthaginois.

Et encore faut-il, à ce niveau différencier la localisation de la découverte de son lieu de stockage.

Cependant il n’est pas discutable que Hannibal disposait avec lui d’une trésorerie importante pour la solde des quelques dizaines de milliers de mercenaires qui l’accompagnaient ainsi que pour payer son passage sur les territoires gaulois traversés et acheter nourriture et provisions pour ses troupes et le parc animalier de son train des équipages.

Si l’on estime que le passage de cette imposante unité militaire depuis les Pyrénées jusqu’à la sortie des Alpes a duré quelques semaines, l’absence de toute découverte de monnaies puniques de l’armée d’Hannibal pose problème; mais le mystère tend à s’épaissir ou la solution à se préciser si l’on ajoute que dix ans plus tard, une seconde armée carthaginoise encore plus importante conduite par le frère d’Hannibal, Hasdrubal, a séjourné pratiquement deux saisons en Gaule, pour au printemps traverser à son tour les Alpes en vue de renforcer les effectifs d’Hannibal en Italie.

Là aussi, on ne peut constater que l’absence de monnaies métalliques carthaginoises en Gaule, alors que la durée de ce séjour a été conséquente, avec la solde des mercenaires pendant toute cette époque ainsi que le paiement de la nourriture et du fourrage pour toute cette seconde armée .

Dés lors la seule explication à cet état de fait était que ces deux armées n’emportaient pas avec elles, au titre de ces divers paiements, du numéraire métallique carthaginois mais peut-être de l’argent local, de la monnaie gauloise en l’occurrence.

Cette explication pourrait être recevable avec l’expédition d’Hannibal laquelle avait été préparée de longue date, mais difficilement acceptable avec l’expédition de Hasdrubal, qui d’un coté avait à faire avec les Romains en Espagne et qui d’un autre coté avait du répondre à une demande circonstancielle de son frère aîné en Italie.

Dés lors une solution paraît s’imposer, dans les deux cas pour expliquer cette absence vraiment sidérante de traces de monnaies carthaginoise en Gaule pendant la période considérée, il faut en inférer que les deux Barcides, payaient non pas en monnaie métallique mais directement en argent ou en or tirés de leurs vastes propriétés minières en Espagne, vraisemblablement sous formes de tout petits lingots.

C’est d’ailleurs ce qu’avance expressément Tite-Live pour l’expédition de Hasdrubal «car il [Hasdrubal] apportait une grande quantité d’or pour enrôler des mercenaires»

A proximité des cols certes quelques monnaies carthaginoises (au nombre de cinq) auraient été, soi disant récupérées aux alentours du Grand Saint Bernard, mais leur datation ne correspondraient pas à celle de l’époque de la seconde guerre punique, et surtout auraient fait partie d’un ensemble de monnaies jetées dans des lacs par des voyageurs de diverses époques de l’antiquité à titre d’ex-voto pour les divinités de la région [comme celles trouvées, près du lac de Bracciano à Vicarello].

Mais en aucune façon on ne peut lier l’existence de ces pièces avec le passage d’une armée punique et peu de commentateurs se hasardent à faire ce rapprochement.

Finalement, pour certains, la seule trace monétaire de la visite des armées puniques, encore que certains ne considèrent que le seul passage de celle d’Hannibal, que l’on pourrait relever en Gaule paraîtrait résulter de la similitude de motifs qui existerait entre la monnaie carthaginoise et certaines pièces de monnaie plus tardives des Allobroges.

Mais la circulation de de monnaies carthaginoises avant et après la seconde guerre punique rend inopérante la validité d’une telle liaison et ne permet pas au surplus d’attribuer cette similitude au seul passage de l’armée d’Hannibal .

L’ITINÉRAIRE ALPIN DE HANNIBAL BARCA : CONSIDÉRATIONS SUR LE RÉCIT DE POLYBE

Selon ses partisans on reconnaîtrait à Polybe les mérites suivants:

  • Polybe a été sur place et a recueilli des témoignages 70 ans après le passage de Hannibal.

Indubitablement Polybe est allé sur place.

Mais à quel endroit en Gaule a-t-il recueilli ces témoignages?

Témoignages dont par ailleurs il s’abstient de mentionner le contenu, témoignages tardifs émanant de personnes qui ne pouvaient être que des témoins auriculaires de l’événement.

Par ailleurs, il y a eu deux passages successifs d’une armée carthaginoise dans les les Alpes à une décennie d’intervalles, celui de Hannibal puis celui de son frère puîné Hasdrubal.

A quel passage spécifique ces témoignages recueillis se réfèrent-ils?

Étant remonté si haut suivant le cours du Rhône, il est inexplicable que ce visiteur, n’ait retrouvé aucune trace du passage postérieur d’une décennie du frère de Hannibal lequel avait résidé deux saisons en Gaule et lequel avait du transiter avec une armée plus conséquente pour traverser à son tour le fleuve.

Toutes ces lacunes ne sont pas de nature à attester de la véracité de ce que l’historien grec avance d’autant qu’il laisse bien entendre qu’il aurait suivi les traces d’Hannibal dans toute sa traversée des Alpes et qu’il n’apporte en fait aucun élément en ce sens.

Ainsi l’absence d’identification du col de sortie alors que Polybe avait recensé tous les passages vers l’Italie en son temps ne confirme pas ses prétentions.

Tout repose donc uniquement sur la parole trop affirmée pour être honnête et sincère, du dit historien.

  • Polybe a eu accès aux archives de Rome

Effectivement Polybe était très bien placé pour consulter les archives de Rome et celles de la famille Scipio, mais concernant la traversée des Alpes par Hannibal, il s’agissait d’une aventure interne de l’armée carthaginoise [relatée par les seuls accompagnateurs de l’armée punique] et les sources officielles romaines ou celles privées des Scipio ne contenaient rien la dessus.

Sans conteste il y avait un trou dans les connaissances des Romains entre la disparition suite au passage du Rhône du chef carthaginois et sa réapparition en Italie avec le siège de Turin.

Le fait que l’auteur grec ait été obligé d’aller sur place en Gaule démontre éloquemment ce manque.

  • Polybe a fait connaître les Allobroges.

La chose est acquise, mais l’historien est totalement muet sur le territoire occupé par cette peuplade.

De par son texte s’y rapportant on peut conclure que cette peuplade s’étendait des deux cotés du Rhône depuis la confluence de ce fleuve avec l’Isère jusqu’à la sortie de ce cours d’eau des Alpes [les dix jours de marche le long du Rhône, le Potamos, et les huit cent stades] .

En ce sens cette localisation correspond bien à une unité de peuplement géographique cohérente mais Polybe étend ce territoire après l’entrée des Alpes, dans une région en altitude comportant un relief très accidenté caractérisé par des défilés et des «pas» [passages] difficiles avec l’existence d’une ville allobroge prise par les Carthaginois.

Dans de telles conditions, la zone montagnarde de peuplement traversée semble plutôt ressortir d’une occupation plus cohérente de ce cadre physique par une peuplade alpine que d’une présence alléguée des Allobroges.

Également c’est après cette unité urbaine, rare de surplus à cette époque dans le contexte alpin, que Polybe se désintéresse des Allobroges.

On oublie surtout que Polybe mentionne dans cet épisode une autre peuplade [qu’il a donc fait également connaître], peuplade alpine celle-là, les Celtes Ardyes, lesquels peuplaient les rives du Rhône dans les Alpes, peuplade pour laquelle, l’historien a pris le soin de préciser leur emplacement en situant leur exposition dans la vallée du fleuve, emplacement que l’on situe dans le Bas-Valais.

Donc Polybe en suivant les traces de ce qu’il dit être celles de Hannibal aurait progressé jusqu’à cet endroit dans les Alpes.

Cette progression dans les Alpes en ces lieux faciles est dans la tonalité de ce qu’indiquait l’historien dans sa digression, à savoir que les Alpes ne sont pas que escarpements et autres, mais contredit fondamentalement la relation, reprise des accompagnateurs de l’armée punique, d’une progression très difficile figurant dans le texte de l’auteur grec, après la pénétration dans le massif alpin jusqu’à la ville prise.

A tous égards la caution Allobroge est de peu de poids dans l’argumentation faisant prévaloir la supériorité de Polybe et de ses écrits dans la recherche de l’itinéraire transalpin du premier fils Barca.

  • Polybe est précis et donne des mesures

Ces distances concernent exclusivement l’entrée des Alpes et concordent pour ce même lieu, 800 stades évaluées à partir de la confluence Rhône-Isère, et à 1400 stades à partir du passage du Rhône.

Les mesures cessent brusquement ainsi que définitivement une fois que l’armée carthaginoise a pénétré dans les Alpes.

En effet la reprise de la relation s’effectue à l’avant veille de la première embuscade sans que soit connue la distance entre le site de la première embuscade et l’entrée dans les Alpes proprement dite.

Certes, vers l’arrivée au col final, Polybe fera état d’une durée de 9 jours pour traverser le massif alpin, mais il n’est pas possible d’attribuer ce délai à l’ensemble de la traversée, car il a du s’écouler du temps entre l’entrée dans les Alpes et la reprise de la narration l’avant veille du premier incident.

Il ressort de tout cela, que les mesures précises des 800 stades et 1400 stades correspondent à l’itinéraire suivi par l’historien pour retrouver l’entrée dans les Alpes d’une armée carthaginoise qu’il attribue, sans se poser de questions d’identification, à celle de Hannibal.

Mais ensuite sur l’itinéraire effectif transalpin du Carthaginois, Polybe perd toute mesure et datation en reprenant son récit avec une progression difficile en montagne de l’armée en cause alors, celle véritablement de Hannibal, et la datation en elle même ne reprendra qu’avec l’avènement du premier incident.

Polybe, également, avait communiqué dans son livre III une autre mesure l’estimation de la longueur totale de la traversée dans les Alpes: «Restent pour les passages des Alpes environ 1200 stades».

On se trouve à ce niveau là dans l’imprécision la plus complète car ne sont pas connues l’entrée ainsi que la sortie des Alpes et rien par recoupement ne permet de vérifier cette affirmation.

Par ailleurs cette annonce est insolite en elle-même, car l’auteur grec est incapable de nous renseigner sur la longueur de la première portion du trajet, à savoir la distance entre l’entrée des Alpes et le site de la première embuscade où il reprend sa narration .

Dans de telles conditions, ne sachant pas par où est passée l’armée carthaginoise pour arriver sur les lieux de cet incident, on ne voit pas comment cet historien peut afficher la distance totale de la traversée.

En clair, l’auteur grec est dans l’incapacité totale de fournir des mesures relatives à la traversée proprement dite des Alpes, sur un parcours qu’il laisse entendre avoir effectué, et la datation de 9 jours qu’il avance plutôt tardivement d’ailleurs s’avère à son tour incomplète ainsi que problématique.

  • Le texte de Polybe est très clair.

C’est ce qui est avancé par les supporteurs de l’ex-hipparque.

Apparemment ce n’est pas ce qui ressort de l’examen des traductions du texte grec où on est obligé de constater des divergences .

En fait le texte grec se caractériserait par l’emploi de termes vagues imprégné de latinisme dans un style reconnu médiocre, banal, lourd et sans art, où chaque traducteur a interprété et exposé en homogénéisant ce qu ‘il a cru comprendre.

La description du cadre de la seconde embuscade ainsi que de la situation de Hannibal en ces circonstances est très révélatrice, suivant les traducteurs, de cet état de chose.

L’argument de clarté du texte est loin de mériter d’être retenue.

A cela, il convient d’ajouter un manque de cohérence prêté au comportement de Hannibal notable à partir de la traversée du Rhône jusqu’à son arrivée en Italie, comportement du Carthaginois qui ne paraît pas compatible avec sa stature reconnue de grand stratège.

On peut reprocher tout autant à cet historien, au niveau de l’Histoire de ne pas citer ses sources, de fustiger ses prédécesseurs et surtout d’ignorer à ce niveau là, une source qu’il reconnaissait par ailleurs sérieuse, le plus grand des premiers annalistes Romain, Lucius Cincius Alimentus, lequel avait laissé des textes, sur l’événement de la traversée des Alpes, et qui prisonnier et traité avec des égards particuliers s’était longuement entretenu pendant sa captivité avec Hannibal,

Une telle occultation ne milite pas en faveur de Polybe.

Tout ceci dénote bien un parti pris dans la narration que l’auteur essaye de dissimuler entre autres par une dramatisation, par la réitération continue de ce qu’il avance et surtout par les deux digressions, avant et après la traversée des Alpes, authentiques tentatives de se justifier, que certains ont dénoncé en tant qu’artifice littéraire pour ne pas parler de falsification.

Informations

Aprés pas mal de déboires, il semblerait que Google ait plus ou moins enfin référencé le site : http://http://hannibal.hautesalpes.free.fr/index.html

D’autre part, davantage d’informations sur l’affaire de Hannbal et le col de la Traversette, topo et commentaires, ainsi que sur le tunnel de ce col sont disponibles sur le site : https://www.envie-de-queyras.com/news/story/hannibal-traversette-un-mythe-fumeux  et  et http://hannibal.hautesalpes.free.fr/index.html

LE PASSAGE D’HANNIBAL BARCA DANS LES ALPES : EXAMEN DES DEUX RÉCITS, L’ÉTAT DES LIEUX [III]

LE PERSONNAGE D’HANNIBAL BARCA SELON POLYBE

Tout au long du récit, il est à constater que l’image renvoyée par cet auteur grec du plus grand des stratèges, n’est pas des plus heureuses et contredit sur ce point la vérité historique.

Tout d’abord on ne comprend pas pourquoi, Hannibal [selon Polybe] tenait tant à traverser le Rhône, derrière lequel s’était retranchée une armée gauloise pour finalement le remonter, afin de retrouver son entrée dans les Alpes très haut sur le cours d’eau .

Suite au franchissement de ce fleuve par son armée, Hannibal en est à recourir à l’intervention de Magile pour faire accepter par ses troupes la continuité de l’opération entreprise jusqu’alors; on est en droit de déceler un doute [sur le continuum du récit] ou de suspecter une faiblesse de sa part.

Ensuite pour régler un problème de succession entre chefs gaulois lors de son arrivée auprès de l’Isle, Hannibal emploie, plus ou moins circonvenu par le chef aîné, la manière forte pour résoudre la question, au prix d’une immixtion dangereuse dans les affaires des autochtones rencontrés sur sa route.

A cette confluence de l’Isère, évidente porte d’entrée dans les Alpes en remontant cette rivière, Hannibal, préférera remonter le Rhône pour trouver une autre entrée en lambinant pendant 10 jours chez une peuplade, les Allobroges qui faisaient peur à ses soldats.

Lors du départ de l’Isle et en route vers l’entrée des Alpes, Hannibal bénéficiera d’une escorte de ces mêmes gaulois mais à l’arrière de ses troupes, ayant été abusé sur l’efficacité promise d’une telle mesure.

Lors de la première embuscade, Hannibal sur une pente en territoire ennemi, fait passer en premier les bêtes de somme, partie éminemment vulnérable, et lorsque cela dégénère, il observe, sans bouger, les premiers revers occasionnés à sa colonne montante, puis intervient subitement.

Lors de la rencontre avec des chefs gaulois avant la seconde embuscade, Hannibal fait totalement confiance aux guides qui vont le trahir.

Néanmoins Hannibal aura pris la précaution de renforcer l’arrière-garde carthaginoise à ce moment là, alors que depuis plusieurs jours, il évoluait en territoire résolument hostile suite à la prise ainsi que le saccage de la ville allobroge.

[Sur ce dernier point, lors de la halte dans cette ville Polybe, Polybe parle d’un retranchement sur ce site et on ne comprend plus qu’ensuite Hannibal ne prenne pas de précautions pour assurer ensuite la progression de son armée jusqu’à la rencontre de ces Gaulois avec guides sur sa route]

Excluant aussi toute prudence, Hannibal n’aura pas recours à ses éclaireurs de l’arrière, ne se rendant pas compte qu’une armée d’autochtones, des barbares marathoniens sans doute, le suivaient à la trace pour l’attaquer à l’arrière sur les lieux de la seconde embuscade.

Enfin le Barcide engagera toute son armée qui en paiera le prix fort avec la perte du quart de ses effectifs dans la descente d’un col vers l’Italie, sans s’être assuré que la circulation en ces lieux était possible ni que des forces ennemies ne l’attendaient pas au pied de cette descente.

Indubitablement on est en présence d’un individu mal assuré, indolent, influençable et très caractériel et il semblerait que chaque fois suite à une action sensée réussie, il retombe dans l’irrésolution, la passivité, l’indolence……

A n’en pas douter Polybe tend à rabaisser le Carthaginois avec systématiquement mise avant de propos tendant à défavoriser la conduite de cet ennemi de Rome.

Également comme déjà signalé, l’historien grec ménagera et c’est un euphémisme le comportement calamiteux de l’autre protagoniste de l’affaire, le consul romain Cornélius Publius Scipio, au point finalement d’altérer délibérément la réalité des événements des deux cotés des Alpes.

Devant cet état de chose, une inversion des personnalités attribuées à chacun des deux chefs militaires semble une évidence.

HANNIBAL DANS LES HAUTES-ALPES, LE PASSAGE DU COL DE LA TRAVERSETTE

HANNIBAL DANS LES HAUTES-ALPES, LE PASSAGE DU COL DE LA TRAVERSETTE

Il est à rappeler que les présentes chroniques [une vingtaine] sont la continuation des réflexions et recherches entreprises pour l’élaboration de l’ouvrage paru en 2014 «Hannibal et la traversée des Hautes-Alpes, la fin du dogme». (Éditions Rambelaid 4 lot Pré Vescal 05000 Rambaud, 39 € frais de port compris pour la France métropolitaine)

Précisons également que ces réflexions et recherches nouvelles permettent de conforter on ne peut mieux toutes les avancées et analyses contenues dans ce livre.

Les commentaires sont les bienvenus, si cette indication n’apparaissait pas dans l’article traité, ils peuvent être adressés à rambelaid(arobase)gmail.com.

Le scoop médiatique, émanant de la publication du récent rapport de M. W C Mahaney ainsi que d’une déclaration [sur du crottin de cheval], selon lequel Hannibal aurait descendu en Italie par le col de la Traversette appelle les observations suivantes:

Tout d’abord cela fait une bonne décennie que l’équipe de ce professeur du York University Toronto écume le versant italien du dit col en quête de traces géologique du passage de l’armée carthaginoise en ces lieux.

En effet W. Mahaney a repris à son compte l’itinéraire proposé en premier lieu par Sir Gavin de Beer, itinéraire avec entrée dans les Alpes par la Drome.

Cet itinéraire, soit disant inspiré du récit de Polybe, reposait sur une une confusion entre le col de Grimone dans la Drome et le col de sortie vers l’Italie, col de Cremone (environs du Petit Saint Bernard), affirmation du passage de Hannibal par ces lieux que soutenait Coelius Antipater [information rapportée par Tite-Live].

William C Mahaney fonde son passage du col de sortie en bout de la vallée du Guil, celui de la Traversette à 2947 mètres d’altitude, sur la présence en versant italien de névés [amas de neige permanent], localisables uniquement en haute altitude alors que Polybe précise bien que c’était exceptionnel, la neige étant tombée sur celle restant de l’année précédente.

Pour justifier le choix de cette vallée comme parcours vers un col, M. Mahaney argue du fait soit-disant inspiré du texte de Polybe que Hannibal aurait été prévenu d’une concentration d’Allobroges l’attendant au col de Montgenèvre.

Dans la même tonalité, ce chercheur justifiait déjà en 2004 le passage de Hannibal par la Batie Mont-Saléon par des preuves archéologiques localisées à cet endroit.

Quant aux résultats obtenus coté versant Italien que M. Mahaney qualifie également de preuves, ils se limitent pour l’instant à l’affirmation d’avoir trouvé la trace du glissement de terrain qui aurait momentanément constitué un obstacle à la progression de l’armée punique en cet endroit.

On peut lui objecter que suite au percement, juste en dessous du col de la Traversette d’un tunnel au XVe siècle, les Italiens se sont ingéniés par la suite pour des raisons de favoritisme économique à dégrades sur leur versant le passage par ce col comme ils l’ont fait aussi pour le versant italien du col de Montgenèvre.

Faisant feu de tous bois, M. Mahaney a tenté de trouver le rocher calciné figurant dans le récit de Tite-Live, obstacle différent de celui mentionné dans l’ouvrage de Polybe, ne sachant pas sans doute que ce ce procédé de fragmentation de roche ne peut jouer qu’avec du calcaire, ce qui n’est pas le cas de la roche du coté italien.

Ensuite comme déjà signalé, M. Mahaney, mais dans son rapport de 2016, continue à prendre plutôt des libertés avec le texte de l’auteur grec, dont il prétend s’inspirer:

Ainsi Polybe: «Le lendemain, les ennemis s’étant retirés, il [Hannibal] rejoignit sa cavalerie et ses bêtes de somme, et s’avança vers la cime des Alpes. Dans cette route, il ne se rencontra plus de Barbares qui l’attaquassent en corps. Quelques pelotons seulement voltigeaient çà et là, et, se présentant tantôt à la queue, tantôt à la tête, enlevaient quelques bagages. Les éléphants lui furent alors d’un grand secours. C’était assez qu’ils parussent pour effrayer les ennemis et les mettre en fuite».

Les harcèlements mentionnés se font sur une route existante montant au col et n’existent pas, apparemment, de lieux aptes sur ce chemin à dresser d’autres embuscades.

Mais que penser alors de la transposition de ce texte sur la montée du col de la Traversette (les pelotons de Gaulois agresseurs voltigeant tout autour du convoi dans un relief dépourvu de route) ?

Que dire de la suite?

Mahaney avance la possibilité d’un bivouac [qu’il ne situe pas] avant le col pour les troupes d’Hannibal [une quarantaine de milliers de bipèdes et quadrupèdes] alors que dans le texte de sa référence il est écrit «Après neuf jours de marche, il [Hannibal] arriva enfin au sommet des montagnes. Il y demeura deux jours».et plus loin «Le lendemain il lève le camp, et commence la descente des montagnes.»

Dans l’hypothèse suggérée par W. Mahaney, il n’y pas pas bivouac au col [ en effet impossible vu le relief] et le camp levé il aurait fallu faire remonter l’armée punique jusqu’au col pour entamer la descente.

A ce moment là Polybe fournit une information très importante «C’était le temps du coucher des Pléiades, et déjà la neige avait couvert le sommet des montagnes». [La période du coucher des Pléiades début novembre marquait selon Hésiode le début de l’hiver].

On peut en inférer d’après le texte de l’historien grec que l’armée de Hannibal a rencontré la neige au sommet du col et non pendant l’ascension vers cet endroit; à cette époque de l’année compte tenu de l’altitude et considérant le col en cause, celui de la Traversette, il y avait déjà nécessairement de la neige dans l’ascension.

A beaucoup d’égards le récit de Polybe ne paraît pas s’insérer dans la configuration de terrain existant lors de l’ascension du col de la Traversette pour la période indiquée.

Ensuite la nouveauté des recherches de Bill Mahaney, motivant son rapport, réside dans le fait qu’il a changé son fusil d’épaule.

Sur le versant italien du col de la Traversette, la preuve du passage d’Hannibal devait résulter de la géologie, apparemment il n’en est rien; maintenant sur le coté français ce sont des traces d’excréments des animaux du convoi de l’armée de Hannibal qui seraient en ligne de mire et objet du nouveau rapport.

Pour cela, le choix de M. Mahaney s’est porté sur une tourbière [recueillant les sédiments et les restes des excréments apportées par le ruissellement des eaux de la fonte des neiges des pentes supérieures] sise à 2580 mètres d’altitude où auraient été trouvés des signes d’un intense « barattage» ou «brassage» des couches inférieures du bourbier, constatations que M. Mahaney attribue à un mouvement important de milliers d’humains et d’animaux excluant la possibilité d’une simple activité animale due à la transhumance ainsi qu’aux bêtes sauvages.

Sans raison il est relié le phénomène au passage de l’armée de Hannibal mais la conclusion du rapport est obligée de convenir qu’il n’y a pas de preuve en ce sens.

Concernant le dit phénomène et la suggestion de l’attribuer au passage de milliers d’humains et d’animaux, il apparaît qu’il n’y pas eu malaxage intensif du terrain, mais remontées et descentes des couches du sol.

Le dit phénomène semble résulter des effets de la phase annuelle gel-dégel, fait classique en haute altitude accentué en l’espèce par la composition spécifique d’une tourbière [matières et humidité, celle-ci étant intense dans le cas de la tourbière en cause].

La calibration des prélèvements opérés, en nombre minime, pour déterminer une datation vers l’époque de la traversée des Alpes par Hannibal n’est pas communiquée de manière précise et est par ailleurs contestable.

En définitive, ce rapport de 2016 sur des recherches in situ datant des années 2011 et 2013 n’amène strictement rien de concluant, il est basé sur une suggestion [barattage intense] donnant elle même lieu à une interprétation [piétinement de milliers d’humains et d’animaux] appuyée à son tour par des probablement, et finalisée par il se peut que [Hannibal].

En dehors de ce qui est rapporté, les recherches ont donc continué sur l’investigation des matières organiques dans les prélèvements de la seule couche de terrain supposée relevant de la datation proche du passage de l’armée punique, et investigations délibérément orientées vers le coté chevalin.

Il convient donc de dissocier le rapport publié et sans valeur probante et la déclaration distincte mais concomitante, déclaration par laquelle le microbiologiste attitré de l’équipe Mahaney affirme avoir décelé l’œuf d’un ver parasite du cheval sur un prélèvement opéré sur le bourbier à 2580 mètres d’altitude.

En l’espèce on ne voit pas ce que cela aurait d’exceptionnel, il faudrait surtout prouver, si ce fait avait quelque importance, que l’on ne retrouve pas d’œuf de ce type sur des prélèvements issus de couches plus profondes, examens qui n’ont jamais été effectués.

D’autant que cet œuf de ver parasite du cheval peut très bien avoir était apporté à l’époque en cause par un être vivant ayant marché sur le crottin porteur ou fureté dedans.

Surtout le microbiologiste auteur de la découverte en question se permet de statuer outrancièrement hors de ses compétences pour affirmer que le parasite a été trouvé dans un malaxage de terrain [barattage] produit par un mouvement constant de milliers d’hommes et d’animaux et que la signature génétique du dit œuf date précisément du temps de l’invasion punique [autant d’éléments qui n’ont jamais été prouvés].

« The deposition lies within a churned-up mass from a 1-metre thick alluvial mire, produced by the constant movement of thousands of animals and humans. Over 70 per cent of the microbes in horse manure are from a group known as the Clostridia, that are very stable in soil — surviving for thousands of years. We found scientifically significant evidence of these same bugs in a genetic microbial signature precisely dating to the time of the Punic invasion. »

L’aspect médiatique, sinon le forcing attestant qu’il n’y a toujours strictement rien de concluant dans toute cette affaire, se poursuit avec l’annonce de la recherche coté microbiologie du rattachement du germe de l’œuf du ver parasite de cheval, à un cheval d’Afrique ou d’Espagne et coté terrain de l’espoir de trouver dans la tourbière des monnaies, armes, artefacts…..

Enfin pour en revenir au passage des Carthaginois, et dans le cas d’espèce évoqué, celui par le col de la Traversette à 2947 mètres d’altitude, il est à noter que Hannibal aurait fait l’ascension et la descente de ce col tout bonnement sans guides et ce dans la neige et au mois de novembre.

En effet, dans toute cette affaire la question essentielle demeure toujours éludée, à savoir la réalité d’une descente périlleuse et catastrophique d’un col donnant accès sur l’Italie: d’une part aucun passage vers cette destination ne présente la caractéristique de comporter une descente en flanc de falaise avec éboulis; dans cette partie de l’itinéraire, la descente du versant nord, Hannibal aurait perdu, selon Polybe le quart de son armée, au bas mot 9000 hommes.

D’autre part il est bon de souligner que, dans les deux récits de référence, le convoi carthaginois [une quarantaine de milliers de bipèdes et quadrupèdes dont 37 éléphants] dans la descente du versant italien s’est vu arrêter par un obstacle [différent dans chacun des récits], qu’il est revenu au sommet du col [bivouac] pour emprunter une autre voie laquelle s’est révélée impraticable [neige sur la neige gelée de l’année précédente], qu’il est revenu sur ses pas pour reprendre le premier chemin et qu’il a résolu l’obstacle initial [de manière différente dans chacun des récits] pour atteindre la plaine italienne et tout cela effectué sans mention d’existence de guides.

Enfin que penser d’un stratège hors pair qui s’engage de manière futile dans un col sans savoir si son accès est libre et si des forces ennemies ne l’attendent pas au bas du versant italien?

Rappelons surtout que les auteurs antiques considéraient et écrivaient que Hannibal avait accompli un exploit en se frayant un chemin dans l’ascension ainsi qu’en entrée dans les Alpes et non pas dans la descente d’un col de sortie vers l’Italie, épisode qu’ils n’ont jamais pensé utile de mentionner.